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ÉDEN (2016)

par Dominique Convard de Prolles (DCDP)

Science-fiction

« Du haut de ses monuments nés du progrès, je regarde l’horizon. Je pleure le passé, je vis ma peine et j’espère l’avenir. Oui, tout cela sur l’horizon de mon humanité. »

En 2105, la vie des hommes est simple et facile car le progrès technologique a atteint son apogée. Mais l’humanité subit aussi le plus grand fléau de son histoire, mettant à mal les certitudes et les convictions de certains face à la dureté d’un monde moderne en déliquescence.

Pour votre plaisir, le premier chapitre est disponible sur cette page. Bonne lecture.

Paris2105high

EdenRenouveau

UN AUTRE JOUR AU PARADIS…

— Monsieur…

Le sommeil est le berceau de la douceur et de la plénitude. Une douceur exquise qui mène l’individu hors du temps et de l’espace, en annihilant toute perception de l’extérieur et en déconnectant la volonté de l’action. Une plénitude soyeuse qui enveloppe l’esprit de silence, effaçant toute réalité et éradiquant tous ces sentiments de regret, de remord, de tracas, de stress et d’ennui. Ainsi dormir s’apparente à une mort fugace, à une invisibilité ressentie, à une extinction attendue, volontaire.

— Monsieur Adam, répéta la voix atone.

Puis vient forcément le réveil. Le corps profite de cette paresse musculaire, s’effaçant toujours au profit de l’âme, qui s’évade encore pendant quelques instants aux limites fugaces, allant et venant entre des mirages de réalité et des brumes de conscience. Alors l’individu reste indécis, baigné dans ce miel confortable.

— Il est l’heure, Monsieur Adam, hachura la voix synthétique.

Ensuite le tissu doux et parfumé d’un drap s’invite au contact de la peau, la fraîcheur inodore gagne les narines, l’obscurité presque totale perce à travers les paupières, et le brouhaha régulier dessine à l’oreille un tableau familier. Tous ces éléments ramènent l’âme dans son corps, guident l’esprit vers la réalité, rassurent la conscience vulnérable sur l’inoffensivité de ce qui l’entoure.

— Monsieur, insista le robot à la voix féminine.

Finalement les premières priorités issues du conditionnement civilisé se jettent sur la conscience comme des conquérants réclamant leur dû, et la douceur et la plénitude du sommeil s’évaporent dans le regret.

— Oui, Rose. Je suis réveillé, grogna faiblement l’humain.

— Souhaitez-vous un réveil doux ou un réveil direct ?

— Doux. S’il te plaît, murmura Adam.

— Bien, Monsieur.

La voix artificielle disparut au profit du ronronnement d’un moteur électrique et du crissement caoutchouteux sur le plancher, qui se turent à leur tour à la fermeture de la porte. Adam gagna ainsi du répit face à l’inéluctable, bien que d’autres moteurs miniaturisés se mirent à bourdonner autour de lui.

— Bonjour, Monsieur Évanoé, se déclencha une autre voix féminine, plus douce, plus naturelle.

Les mots se suivaient avec une parfaite fluidité, bien loin du phrasé mécanique de sa gouvernante.

— Nous sommes le vendredi seize octobre deux mille cent cinq et il est huit heures quinze.

Des lamelles disposées de l’autre côté de la vitre se dessinèrent et pivotèrent. Dès le premier degré d’ouverture, une lumière naturelle perça le cocon nocturne par un soleil matinal radieux et direct. Adam ouvrit les yeux sur ces rayons qui dansaient sur le sol parqueté de lamelles synthétiques.

— Le soleil est levé sur Paris depuis huit heures quatorze et se couchera à dix-huit heures cinquante sept.

La luminosité grandissait très lentement, juste assez vite pour laisser le temps à Adam d’être attentif.

— Aucune incursion n’a été notée par la sécurité civile. Aucun disparu, mort ou blessé n’est à déplorer pour cette nuit.

Adam soupira, rassuré comme tous les citoyens de la petite cité l’avaient été, l’étaient ou le seront au réveil.

— La journée sera fortement ensoleillé. La température extérieure est de dix degrés actuellement et atteindra les vingt-deux degrés à seize heures trente-deux.

Puis il sortit les jambes de sous les draps et s’assit sur le bord du lit, grimaçant d’amusement par la banalité du journal personnalisé, ne sachant plus quand avait été déclaré une alerte, ou même un enlevé, un massacré ou un malade.

— Le trajet entre votre domicile et votre travail est certifié sûr. Les monorails parisiens sont en fonctionnement nominal.

Quand il avait quinze ans peut-être ? Les souvenirs étaient des trésors si délicatement enfouis sous l’immédiateté du quotidien, si précieusement personnels pour son propre équilibre mental, si capricieusement inaccessibles quand il voulait s’en rappeler.

— Vous avez vingt messages en attente, dont un prioritaire du Docteur Hérasme, psychiatre.

Non, c’était ce matin-là. Avant que son foyer ne se brise.

— Je vous souhaite une bonne journée, à vous et à votre foyer, Monsieur Évanoé.

Les panneaux d’occultation se figèrent une fois grand ouverts, le silence se fit complet, le soleil chauffa le plancher, le jour fut total et l’humain resta immobile.

DCDP©2016

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